Zone de Protection Forte à Chausey

Réponse à Nicolas Germain, maire de Granville

Quel avenir pour la filière maritime de Granville ?

Manche Nature partage avec le maire de Granville la volonté de préserver l’avenir maritime de Granville. En revanche, Manche- Nature ne pense pas qu’un moratoire sur la protection forte de certains secteurs de Chausey constitue la bonne réponse.

En effet, pour maintenir des activités de pêche, il faut être conscients que si nous continuons à utiliser les arts traînants sur des secteurs aussi fragiles que le sont les zones qui présentent du maerl rose, nous détruirons tous les habitats, toutes les frayères, toutes les nurseries, toutes les aires d’alimentation.  Et ce sera la catastrophe car nous aurons des fonds marins stériles qui ne serons plus résilients. Et là, c’est toute la filière pêche qui s’effondrera à tout jamais.

Aujourd’hui, il est encore temps.

Mais il faut modifier les pratiques, respecter certaines zones susceptibles d’être classées en ZPF. Nous savons que le changement est difficile. C’est vrai dans tous les secteurs. Pour la pêche, nous avons aussi, l’investissement dans un bateau, un armement couteux et souvent, il a fallu emprunter. Alors que faire ?

On peut faire autrement sans manquer de produits de la mer

Il semble essentiel de rappeler qu’à Jersey, les pêcheurs travaillent avec des arts dormants. Il est donc possible de faire autrement pour gagner sa vie. A Jersey, les mareyeurs, les restaurateurs, les habitants ne manquent pas de produits de la mer. Inspirons – nous de ce qui se fait à Jersey pour rassurer les différents acteurs économiques.

On objectera que Granville, premier port coquiller de France, commercialise ses produits à l’export (Europe, Etats Unis, Chine …). Jersey vise, essentiellement, la souveraineté alimentaire.

Mais posons-nous la question : est-ce que l’archipel de Chausey peut longtemps nourrir le monde sans épuiser ses ressources halieutiques ni détruire ses fonds marins ?

Non bien-sûr. Hormis la coquille Saint-Jacques qui est ensemencée les autres produits de la mer sont ramenés en moindre quantité. Ce qui sauve la mise des professionnels de la mer est l’augmentation des prix. Mais ne nous y trompons pas : si on continue dans cette voie, on ira dans le mur.

Alors, comment organiser la transition ?

La mise en place d’une ZPF avec interdiction des arts traînants dans certaines zones des îles Chausey doit prévoir un engagement fort de l’Etat pour mettre en place :

  • Un accompagnement pédagogique avec le soutien de scientifiques : Il faut que les pêcheurs soient convaincus de la menace que font peser les arts traînants sur les habitats, les nurseries et les aires d’alimentation nécessaires à la ressource halieutique.
  • Un accompagnement financier : un armement pour la pêche coûte cher. On comprend l’inquiétude des pêcheurs quand « on » leur dit qu’ils ne pourront plus utiliser le matériel qu’ils ont acheté. Beaucoup ont dû emprunter pour travailler. La transition vers des arts dormants ne doit pas leur coûter si nous souhaitons qu’ils adhèrent à cette transition des méthodes de pêche.
  • Un accompagnement technique : un accompagnement pour les initier à de nouvelles techniques.
  • Un accompagnement humain et professionnel : Il semble essentiel de prévoir un  partage d’expérience avec des pêcheurs ayant déjà connu une évolution similaire des pratiques.

Il faut rassurer tous les acteurs de la filières « pêche » : l’arrêt des arts traînants » sur des ZPF n’est pas l’arrêt de la pêche mais bien ce qui va permettre la durabilité de l’activité et défendre véritablement l’ensemble de la filière maritime locale.

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