
Destruction en bord de Bérence le 27/08/2026 , lien vers la vidéo

Coutances le 21 septembre 2026,
Objet : protection des haies et des ripisylves
Monsieur le préfet,
Durant les périodes de canicule et de sècheresse, les haies offrent abri et alimentation aux animaux, elles créent aussi un microclimat favorable à la faune et la flore qu’elles soient domestiques ou sauvages. Les haies favorisent l’infiltration des eaux dans les sols, améliorant leur taux d’humidité, alimentant les nappes souterraines et régulant le débit des rivières en évitant que l’eau ne les rejoigne directement après la pluie.
Bien que les services écosystémiques de la haie soient connus de tous-tes, le bocage ne cesse de régresser depuis les années 70. Plus de 20 000 kms de haies sont arrachés tous les ans sur l’ensemble du territoire français alors que le gouvernement affichait un objectif de replantation de plus 50 000 kms entre 2024 et 2030 tout en préservant celles déjà en place ! Chaque année, Manche- Nature enregistre de nombreux signalements de destruction de haies. Ainsi 1 000 kms de haies ont été abattus annuellement entre 2020 et 2023 dans notre département. En 2024, c’est plus 1 200 kms de haies qui ont été supprimés. Moins il y a de haies, plus « on » en abat !
Nous espérons que l’augmentation des signalements reçus en 2025- 2026 ne préfigure pas une nouvelle hausse des destructions à la prochaine saison d’«entretien ». Par ailleurs, les adhérents de Manche- Nature constatent que de plus en plus d’agriculteurs font appel à des entreprises sur-mécanisées qui abattent les haies pour les broyer et faire du bois « plaquette » vendu aux chaufferies collectives ou d’entreprises. Si ces évolutions technologiques ont un sens pour les agriculteurs qui ont un plan de gestion durable des haies, pour les autres, ceux qui retournent les prairies permanentes et humides afin de cultiver toujours plus de maïs, c’est un moyen rentable de se débarrasser du bocage. Aussi, est-il urgent que vos services prennent des dispositions pour encadrer l’«entretien » des haies (limiter le linéaire coupé à blanc, mieux préserver les arbres de haut jet et anciens…) comme cela se fait déjà dans d’autres départements.
Par exemple, en Alsace, les services de l’Etat ont interdit du 16 mars au vendredi 15 août 2025 à quiconque d’effectuer des travaux sur les haies (Arrêté préfectoral n°052/2025/DDT publié le 04/03/2025). L’arrêté préfectoral s’applique à tous les habitants du département, professionnels comme particuliers pour protéger la nidification.
Enfin, nous tenons par cette présente lettre à attirer particulièrement votre attention sur les haies situées sur les berges de cours d’eau : les ripisylves. Elles jouent un rôle essentiel dans le bon fonctionnement des rivières en assurant de nombreuses fonctions (cf. encadré ci-après). Nous étions rassurés de constater que celles de la Sienne et de ses affluents bénéficiaient d’un statut spécifique dans le cadre de l’arrêté « portant protection des biotopes de la Sienne et de ses affluents ». Or, nous constatons que rien n’empêche un riverain d’effectuer des coupes rases sur plusieurs centaines de mètres, seul « le dessouchage est interdit » dans cet arrêté de protection.
Les membres de Manche – Nature ont constaté que lorsque la ripisylve est abattue, elle ne repousse pas ou rarement. En général, l’agriculteur s’en tient à une bande enherbée qui n’assure pas les services écosystémiques de la ripisylve. Cette année, encore, nous avons observé plusieurs coupes rases de ripisylves. Parmi nos signalements, retenons le cas emblématique de la Malfiance à Saussey où une partie des haies de son versant sud et sa ripisylve ont été abattues début mars 2026. Ces travaux complètent ceux de l’an dernier qui avaient fait disparaître plus de 700 mètres de ripisylve. A quelques encablures de ce lieu la ripisylve avait subi, il y a quelques années, le même traitement ; elle n’a jamais repoussé…
Pour éviter la disparition rapide des ripisylves le long de nos rivières nous vous suggérons d’intégrer dans l’arrêté de la préfecture de la Manche des mesures déjà appliquées dans les départements voisins du Calvados et de l’Eure à savoir :
Les travaux et activités suivants sont interdits :
« La coupe à blanc de plus de 20 mètres linéaires de ripisylve par tronçons de 100 mètres linéaires, ainsi que sur les deux rives en vis-à-vis (Arrêté inter préfectoral portant protection du biotope de l’écrevisse à pieds blancs sur le cours d’eau ‘ruisseau des Marnes » et son bassin versant – 21 mai 2021) »
ou encore
« Les coupes à blanc de la ripisylve sont interdites » (arrêté portant protection du biotope des cours d’eau du bassin versant de la Touques dans le Calvados – 20 juillet 2016) »
Avec le changement climatique, les canicules deviennent de plus en plus fréquentes. Au mois d’avril 2025, Méteo- France a relevé une température record de 27,8 °C à Coulouvray – Bois-Benâtre. Vos services dans le cadre de la réunion du CRE qui s’était tenue le 20 mai 2025 avaient déclaré : « la situation est actuellement comparable celle de 2022 ». Ils avaient alerté sur la situation de la Malfiance : « le 19 avril 5 stations présentaient un écoulement faible dont la Malfiance ». En 2026, les canicules qui se succèdent depuis la mi-juin ont battu tous les records de chaleur et de sècheresse.
De façon évidente, maintenir un ombrage est indispensable à la survie de la faune aquatique lors de ces épisodes climatiques extrêmes.
Connaissant l’intérêt des services de la préfecture pour la préservation de la biodiversité, nous comptons sur vous pour mieux prendre en compte la ripisylve dans le prochain arrêté portant protection des biotopes de la Sienne et de ses affluents et avoir une réflexion sur l’encadrement de l’« entretien » des haies pour qu’il ne se résume pas, comme c’est trop souvent le cas, à leurs suppressions pures et simples.
Veuillez recevoir, monsieur le préfet, l’expression de nos salutations respectueuses.
Pour le collectif d’associations qui s’est joint à Manche-Nature, Laura Touvet, présidente de Manche-Nature
- Services écosystémiques des ripisylves :
- Protéger naturellement les berges de l’érosion en renforçant leur stabilité.
- Réduire les risques d’inondation en absorbant l’eau,
- Limiter le réchauffement des eaux en protégeant du rayonnement solaire, ce qui est indispensable à la survie des poissons lors des canicules.
- Gérer la pollution en filtrant les minéraux et les flux polluants
- Assurer une diversité d’habitats et l’alimentation pour la faune aquatique et terrestre,
- Prévenir ou ralentir la prolifération de plantes exotiques envahissantes.
- Maintenir l’identité paysagère de notre département.

