
Pêche et protection du maërl : des associations interpellent le commissaire européen Costas Kadis et la ministre Catherine Chabaud à Cherbourg
Le 9 juin, des représentants de Manche Nature et de la Fondation pour la justice environnementale (Environmental Justice Foundation – EJF) ont rencontré le commissaire européen chargé de la Pêche et des Océans, Costas Kadis, ainsi que la ministre chargée de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, afin d’alerter sur l’urgente nécessité de renforcer la protection des habitats marins fragiles de Chausey, dans la baie du Mont-Saint-Michel.
La rencontre s’est tenue en présence de Marc Chappuis, préfet de la Manche, de Benoît de Guibert, préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, ainsi que de Stéphanie Yon-Courtin, députée européenne, Vice-Présidente de la Commission de la Pêche du Parlement européen.
À cette occasion, les associations ont remis un échantillon de maërl, algue coralligène surnommée « trésor rose », symbole de la richesse écologique mais aussi de la vulnérabilité de cet habitat marin présent sous les eaux de l’archipel.
Les bancs de maërl et les herbiers de zostères forment de véritables forêts sous-marines et des nurseries essentielles pour la vie marine. Ils abritent plus d’un millier d’espèces et servent de zones d’alimentation, de reproduction et d’abri pour de nombreuses espèces d’intérêt commercial telles que les coquilles Saint-Jacques, les homards, les soles ou encore les praires.
Le maërl est un habitat marin extrêmement rare et fragile qui pousse de moins d’un millimètre par an. Alors qu’il met des siècles à se développer, il peut être détruit en quelques minutes seulement par le passage d’engins de pêche traînants de fond. Ce qui disparaît aujourd’hui ne pourra pas être restauré à l’échelle d’une génération.
« Protéger le maërl, ce n’est pas seulement protéger la biodiversité marine », a rappelé Laura Touvet, Présidente de Manche Nature. « Préserver les nurseries marines aujourd’hui, c’est préserver les ressources, les emplois et l’alimentation de demain. »
La rencontre intervient dans un contexte de forte mobilisation citoyenne. Une Analyse Risques Pêche (ARP) est actuellement en cours afin d’évaluer les impacts des activités de pêche sur les habitats protégés et de définir les futures mesures de gestion du site Natura 2000.
Les organisations ont salué cet exercice ambitieux engagé par la France dans l’ensemble de ses sites Natura 2000 marins, soulignant qu’il constitue une opportunité importante de traduire les engagements de protection de la biodiversité en mesures concrètes sur le terrain.
Les échanges ont porté sur les moyens de renforcer l’efficacité des aires marines protégées tout en accompagnant les communautés qui vivent de la mer. Les participants ont souligné l’importance de poursuivre le dialogue avec les professionnels de la pêche et de veiller à ce que les mesures de conservation répondent effectivement aux enjeux de protection des habitats marins sensibles. Il s’agit d’une priorité pour la Commission européenne.
Malgré le statut d’aire marine protégée de Chausey et les protections reconnues au niveau européen, notamment au titre de Natura 2000, de la convention OSPAR et des engagements européens en faveur de la biodiversité, les habitats de maërl continuent d’être dégradés par certaines activités de pêche traînantes de fond.
Les organisations ont rappelé que des méthodes de pêche moins impactantes existent déjà et qu’il est essentiel d’accompagner les professionnels vers des pratiques compatibles avec la préservation des habitats sensibles et la durabilité des ressources halieutiques.
« Les enjeux socio-économiques doivent naturellement être pris en compte, mais ils devraient avant tout guider l’accompagnement des transitions nécessaires, et non conduire à affaiblir les mesures de protection lorsque des risques importants pour les habitats protégés sont identifiés», a souligné Marie Colombier, responsable de campagne pour EJF. « Protéger le maërl, ce n’est pas opposer pêche et conservation. C’est protéger les habitats qui soutiennent la productivité des pêcheries. »
Les organisations appellent les autorités françaises et européennes à garantir une protection effective des habitats marins sensibles dans les sites Natura 2000 et à s’assurer que les décisions prises dans le cadre de l’ARP soient à la hauteur des enjeux.

