La Faune du Cap de Carteret

Nous sommes cinq cet après-midi du 23 avril 2016, motivés malgré le temps trop frais pour la saison ; mais, en dépit d’un vent assez glacial et des nuages, le soleil est heureusement présent.

Le petit troupeau (11 individus en principe) de chèvres des fossés – ou férales – que le Symel (Syndicat Mixte des Espaces Littoraux de la Manche), gestionnaire de ce site protégé, a installé sur la falaise pour y entretenir la végétation, a préféré rester caché ce jour-là.

Mais Philippe repère vite un Grand Dauphin qui se laisse contempler de longues minutes. Curieusement, il semble seul, alors qu’on l’observe habituellement par groupes de 2 à 6 individus.

Le Grand Corbeau, nicheur sur le site, apparaît à son tour, signalant au préalable sa présence par ses cris rauques.
Au large, quelques Fous de Bassan. Une petite troupe de limicoles, des Chevaliers guignette, se pose au bord du rivage au pied des rochers.
Sur le sable, en compagnie de la Bergeronnette grise, 3 Pipits maritimes circulent près des laisses de mer : c’est ici l’un des rares endroits de Normandie où ils se reproduisent !

Pipit maritime (Photo Philippe Scolan)

Pipit maritime (Photo Philippe Scolan)

Et tout au long de notre cheminement sur les sentiers des douaniers entourant la falaise, ou sur la prairie bordant le sémaphore, beaucoup d’autres oiseaux sont contactés, observés, ou signalés par leurs chants : Fauvettes grisette et à tête noire, Bouscarle de Cetti, Linotte mélodieuse, Rouge-gorge, Troglodyte, Traquet pâtre…

Mais… nous étions venus aussi voir les Invertébrés ! Évidemment, avec ce vent froid, ça ne vole pas beaucoup dans les parages !
Alors, Roselyne et Alain en profitent également pour répertorier et nous faire découvrir quelques plantes remarquables du site.

Armeria maritima (Photo Philippe Scolan)

Armeria maritima (Photo Philippe Scolan)

Brigitte et moi-même regardons patiemment Philippe lorsqu’il tire le portrait de petites bêbêtes, pour la plupart assez photogéniques. (Pour ma part, je regrette de ne pas avoir pris mon appareil-photo !).
Alain en profite pour prélever quelques spécimens pour détermination.

Si les papillons ne volent pas ce jour-là, par contre, quelques chenilles ont repris leur activité, comme celles du Cul-brun, sorties depuis plusieurs jours de leurs bourses hivernales, ou de la Mélitée du Plantain, qui savourent à nouveau leur plante de prédilection.

Andrena humilis (Photo Philippe Scolan)

Andrena humilis (Photo Philippe Scolan)

Parmi les Hyménoptères, quelques Andrènes telle que la peu commune Andrena humilis, un Bourdon des pierres et plusieurs espèces de Fourmis, (Lasius et autres). En soulevant quelques petites pierres plates, Alain découvre de minuscules Myrmicinae. En attendant la révision de ce genre complexe, nous nommons cette espèce assez rare Solenopsis fugax.

Le Coléoptère le plus fréquent, sur les fleurs de Silènes ou de Renonculacées, est le joli petit Dasytide Psilothrix viridicoerulea, d’un beau vert métallique.
Quelques minuscules Curculionides également, dont les « classiques » Otiorhynchus atroapterus et Philopedon plagiatum.

Quelques Diptères, parmi lesquels des Empididés et des Bibions, dont Bibio anglicus.

Nous poursuivons nos observations jusque sur le haut-de-plage, au pied des dunes bien attaquées par les dernières grandes marées, et en prospectant les amoncellements de détritus, amas de pierres, bois flottés, laisses de mer, souvent en compagnie des Talitres, nous rencontrons beaucoup de petits Coléoptères, notamment des Ténébrionides, Staphylins, Carabiques, caractéristiques de ces milieux particuliers.
Aussi un Diptère étrange, abondant sur le littoral, le sepside Orygma luctuosum.
Déjà plus de trois heures de prospection : on continuerait bien volontiers, mais il faut quand même songer à rejoindre le parking du sémaphore…

En remontant vers le sémaphore, sous le débris d’un tronc d’arbre vermoulu, des Glomeris et des Cloportes…Une Noctuelle au repos, très probablement Xylocampa areola… Et, soudain : scoop ! À proximité de leur plantes préférées, quelques Coccinelles de la Bryone : Alain nous signale que c’est la première observation contemporaine de cette espèce dans le Cotentin !

Alors évidemment, nous sommes tous heureux à la fin de cette prospection, de nos observations assez fructueuses, et des bons moments partagés sur ce site, magnifique et très riche en biodiversité, qui nous ont fait presque oublier la température peu clémente…

Donc, il faut à présent continuer les déterminations des trouvailles…

Et… Vivement la prochaine sortie !

Christian Berquer

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