Site du village-fantôme de Pirou

Et si on le rendait à la nature ?

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À l’origine de ce « village-fantôme »

Chacun connaît dans la Manche l’histoire de ce fiasco immobilier doublé d’un scandale écologique ! Commencée en 1990, la construction d’un village-vacances « Aquatour » de 75 maisons dans la dune de Pirou a dû être interrompue en 1992 pour des raisons financières.

Ensuite, et ceci jusqu’en octobre 2016, ces ruines dévastées, pillées, ont composé un paysage surréaliste, véritable verrue sur notre littoral déjà si dévoré par l’urbanisation et les aménagements en tout genre.

Ce village de maisons délaissées devint un lieu-fantôme que des adeptes du street art transformèrent en une curiosité médiatique et touristique, quasiment à l’égal du château médiéval situé sur cette même commune.

L’heureuse initiative de l’actuelle municipalité de Pirou

En 2016, la municipalité a décidé d’agir. Elle a pu faire débuter les travaux de mise en sécurité du site et de démolition fin octobre-début novembre, tout au moins pour les pavillons non amiantés. Car il y a aussi de l’amiante ! La destruction des pavillons amiantés est programmée pour une date ultérieure (PV du Conseil municipal de Pirou du 13 octobre 2016).

Cette portion des dunes de Pirou va donc peu à peu être nettoyée et rendue à la nature. L’actuelle municipalité, dirigée par la maire Mme Noëlle Leforestier, est en passe de réparer le désastre écologique et paysager provoqué par certains de ses prédécesseurs.

Vue du site (Géoportail)

Vue du site (Géoportail)

Et l’avenir ?

Nous souhaitons que le retour de ce site à son état naturel ne soit pas qu’un heureux stade transitoire auquel, à nouveau, succéderait une dégradation causée par cette irrépressible volonté d’aménagement qui habite nombre d’élus.

Nous sommes cependant inquiets : on entend parler de « réhabilitation », de « réaménagement », de société « Foncier Conseil SNC »… Et tout ceci d’ailleurs dans un secteur de grand intérêt écologique, de plus soumis à l’érosion dunaire et au risque de submersion marine…

Comment imaginer, qu’après un épisode de 26 ans de Village-fantôme dont elle se sort avec peine, la commune de Pirou s’engage dans une nouvelle aventure plus ou moins de même acabit, et qui pourrait peut-être se nommer dans les décennies à venir l’épisode du Village-englouti ?

Comment l’imaginer, sinon en supposant l’intervention d’un sortilège épandu sur cet espace dunaire par nos légendaires oies de Pirou voulant se venger de ne retrouver leur grimoire…

Nous espérons que les élus actuels de Pirou continueront dans le sens de l’histoire en restituant cette zone à la nature. Ne serait-ce pas le moment de discuter avec le Conservatoire du littoral ?

L’occasion qui s’offre à Pirou est unique. Le Conseil municipal va-t-il laisser passer cette opportunité ?

En tant qu’association de protection de la nature, nous ferons preuve de la plus extrême vigilance.

Prise de vue aérienne d'une partie du site côté mer. Le cordon dunaire est soumis à l'érosion et la végétation souffre d'une forte pression anthropique. (© Arpanum)

Prise de vue aérienne d’une partie du site côté mer. Le cordon dunaire est soumis à l’érosion et la végétation souffre d’une forte pression anthropique.
Arpanum)

Quelques rappels :

  • Les dunes sont parmi les très rares milieux « naturels » qui subsistent encore. Le littoral conserve par endroits le même aspect depuis un temps immémorial, hormis les reculs ou les avancées du trait de côte. Conserver ce patrimoine séculaire devrait être une priorité.
    Depuis des décennies, la commune de Pirou n’a eu de cesse de construire et d’aménager son littoral. Entre la route touristique (D650) et la mer, et du nord au sud entre Aquatour et le camping, l’urbanisation de « Pirou-plage » est presque totale !
  • Mais surtout, la biodiversité, si souvent évoquée désormais par tous nos élus comme un enjeu majeur, est d’une richesse extraordinaire sur tout le littoral, et en particulier dans les dunes. La « dune fixée », sur laquelle a été établi le village-fantôme, est l’un des milieux les plus diversifiés en flore et en faune de notre territoire national et ce milieu est même qualifié de « prioritaire » dans la typologie Natura 2000.
  • Comme chacun sait, le réchauffement climatique s’accompagne d’une remontée du niveau marin. Et la dune vive, qui protège pour l’instant le site, n’est aujourd’hui qu’un cordon très fragile et mince. Si les terrains étaient de nouveau bâtis ou aménagés, il faudrait les protéger des assauts de la mer par des enrochements coûteux qui continueraient de défigurer le littoral ! Ils sont d’ailleurs désormais bannis.
  • Les promoteurs d’un projet d’aménagement, quel qu’il soit, argumenteront qu’il procurera d’importants profits à la commune et participera à sa croissance. Mais où est la vraie richesse ? Dans le contexte actuel d’effondrement de la biodiversité et de raréfaction des milieux naturels, n’est-il pas plus écologique, plus civique aussi, de restaurer une superficie importante de dune fixée qui serait à la fois une réserve de vie sauvage et un espace de liberté pour tous ? L’occasion qui s’offre est unique !
  • Enfin, avant de se lancer dans une nouvelle aventure, la commune ferait bien de se pencher sur l’aspect juridique du projet. Le littoral bénéficie heureusement d’un certain nombre de protections.

 

Seul un fragile cordon dunaire protège le site de la mer; (Photo Alain Rongier)

Seul un fragile cordon dunaire protège le site de la mer (Photo Alain Rongier)

À voir :

Photographie aérienne par cerf-volant d’Arnaud Poirier
Vues aériennes par drone de JMP Drone

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